Escroquerie et vol en entreprise : comment répondre aux traumatismes des victimes ?


Mise à jour de l'article 2015. Les arnaques au faux président, au faux bailleur, au faux technicien spécialiste des virements bancaires se développent toujours en 2016 et continuent à menacer les entreprises et leurs collaborateurs. L’escroquerie interne ou externe (escroc, fraudeur interne ou externe à l’entreprise) touche aujourd’hui autant les petites que les grandes entreprises et au-delà des services financiers et comptable, peut aussi concerner les services logistique, achat et informatique.

Le profil de l'escroc

Il propose une fiction auquel il adhère, cherche à se faire aimer ou à éblouir => il développe des liens directs avec la victime au lieu du voleur Il éloigne les enjeux financiers, les minorent. Défaillance narcissique de la victime : peur de faire mal, culpabilité de ne pas aider, dévalorisation.

L’escroc, sujet pervers, à une jouissance de la duperie, une impatience narcissique, il est plus malin que les autres, amoral (et non immoral), jouissance à transgresser Il détecte les points faibles de la victime en l’investissant comme un objet à utiliser à ses fins.

Il peut savoir inclure un message moralisateur, se montrer en exemple d’honnêteté, il énonce des principes moraux. Il valorise la personne, ils sidèrent la victime de façon positive avec l’autorité ou l’expertise technique.==> séduction+emprise

Des stratégies d'influences et de manipulations...

L'escroc s’appuie sur l’empathie, la compréhension forte de vos émotions, il les sollicite et les accompagne, il menace, puis il propose un dénouement heureux, il scénarise les craintes, les attentes de libérations. il vous emmène, vous emporte dans une sorte de voyage émotionnel.

L’escroc peut créer un contexte d’instabilité émotionnelle tout en donnant la réponse, la résolution du stress. Stratégie d’isolement individuel du collectif, untel l’a fait alors vous pouvez le faire, et ce, un par un.

Faire passer la victime pour l’agresseur, le coupable qui va faire mal à son patron, à son entreprise en faisant échouer un projet, un achat. Qui va être rejeté, renié par ses collègues.

Des processus d'engagements

L'enjeu est la perte d’esprit critique (l’émotion comme levier). Il existe de nombreuses études de psychologie sociale, une des plus célèbres étant celle de Milgram et le rapport entre obéissance/autorité…Ci-dessous quelques exemples de techniques de manipulation :

Pied dans la porte ou doigt dans l’engrenage « Pied dans la porte » : demander d’abord un comportement peu coûteux, puis demander autre chose que l’on aurait probablement refusé...

Porte dans la face ou porte au nez « La porte au nez » : 2 requêtes successives = 1/Première requête exorbitante 2/Deuxième requête nettement moins coûteuse...

« Le leurre » : s’engager à réaliser une action, puis celle-ci devient impossible, survient une alternative mais elle est + coûteuse...

« Pied dans la bouche » : S’enquérir du bien-être de son interlocuteur avant en faisant un dialogue, le mettre dans de meilleures dispositions et demander après ce qu’on désire vraiment...

Les victimes de l’escroquerie peuvent avoir subi des traumatismes psychologiques différents avec une ampleur et des effets secondaires variant selon leur type de personnalité, leur éducation, leur situation familiale ou professionnelle. Ainsi au sein d’une équipe, chacun peut avoir vécu et perçu le même évènement d’une façon très différente en rapport avec sa sensibilité et sa situation personnelle.

Escroqueries et traumatismes psychologiques

Contrairement aux violences physiques, l’escroquerie peut avoir pour conséquences des souffrances psychologiques non visibles. Les victimes se sentent responsables et coupables de s’être fait piéger. Selon les personnalités, des questions amplifient le sentiment de dévalorisation et développent le mal-être, voire la dépression : « Comment ai-je pu croire un inconnu ? », « Comment x que je connais depuis 10 ans a-t-il pu me tromper à ce point ? », « Comment ai-je pu accepter de le faire ? » « Pourquoi je n’ai pas compris avant que j’étais manipulé ? » « Comment ai-je pu pleurer autant sur mon lieu de travail devant les autres ? Que va-t-il se passer maintenant pour ma carrière ? » « Que va penser mon épouse de cette histoire ? Est-ce que je vais perdre mon travail et être licencié pour faute ? Comment faire pour payer le crédit de la maison et les études des enfants ? », etc., etc..

Aussi des pensées noires, catastrophiques, peuvent devenir omniprésentes et altérer les capacités habituelles de jugement et de confiance en soi. Une part de soi est traumatisée, envahie par un sentiment de vulnérabilité nouveau et comme irrémédiable : « maintenant je suis foutu comme manager », « demain personne ne me fera plus confiance dans l’entreprise », « tu parles d’un manager qui a eu peur et qui a tremblé devant son équipe… je suis bien incapable d’être manager !» etc., etc.

Il est difficile d’avouer la peur du jugement de l’autre, de comprendre et reconnaître des émotions et comportements exceptionnels que peut provoquer une escroquerie.

Par conséquent s’il semble nécessaire de faire appel à l’assistance d’un psychologue, il est important d’apporter une aide répondant à une demande claire et volontaire, personnalisée à chaque victime sous forme d’entretien individuel et confidentiel, dans un cadre adapté.

Une escroquerie engendre des impacts psychologiques qui peuvent se développer sans un accompagnement spécifique.

On encourt un risque d’aggravation du traumatisme dès lors que le salarié est ignoré dans ses souffrances (parfois non conscientes ou cachées par lui) ou que l’on ne reconnaît pas le statut de victime au salarié. Il s’agit en effet de se donner les moyens de proposer une aide et un cadre spécifique d’écoutes et d’échanges, si possible rapidement mis en place.

Selon sa gravité, l’escroquerie peut connaître des suites professionnelles et juridiques affectant de nouveau les salarié (s) et l’entreprise. Il s’agit alors d’anticiper et d’accompagner d’éventuelles nouvelles tensions et pressions psychologiques.

L'entreprise et ses hiérarchies peuvent aussi provoquer des impacts psychologiques supplémentaires. Thamzing, nom tibétain (séance de lutte-struggle session, le parti communiste et les maoïstes chinois torturaient leurs prisonniers), 15 jours de critiques et auto-critiques en continu peut conduire au suicide. Les entreprises et les hiérarchies multiples peuvent faire aussi mal que l’escroc après l’attaque. Critiques incessantes, demandes d’explications répétées, mea culpa, excuses..etc…

Les victimes sont fragilisées et nécessitent une prise en charge, un accompagnement, un espace de parole et de reconnaissance.

Suite à une escroquerie, comment peut se dérouler une intervention d'un psychologue ?

Un briefing a d’abord lieu avec la direction générale et RH ainsi que les managers concernés pour comprendre le contexte, qualifier les problématiques, identifier les victimes, connaître les procédures en cours et les enjeux à venir. De préférence ensuite, les entretiens individuels pourront avoir lieu dans un endroit calme, confidentiel, à l’abri du regard d’autrui et donc si nécessaire hors de l’entreprise.

Chaque entretien individuel peut durer de 1h à 1h30 pour la première séance et selon les difficultés rencontrées être suivi d’autres entretiens ou d’un suivi spécifique.

Il s’agit dans un premier temps de faire le point avec le salarié sur sa perception du contexte et des impacts personnels ressentis (physiologiques, psychologiques, émotions, comportements) pendant les différentes étapes de l’évènement : son déroulement, sa révélation et ses suites éventuelles.

L’enjeu est de commencer à faire un travail de compréhension et de reconnaissance des tensions, du stress, des émotions, de comportements inhabituels face à une situation exceptionnelle. Le psychologue aide les personnes à comprendre par exemple la fonction de protection ou d’expression du stress, des émotions vécues. La sensibilité n’est pas une faiblesse. Les croyances sur les conséquences personnelles et professionnelles que pourraient avoir l’escroquerie sont évoquées.

A quoi sert et quel est l'importance de faire des entretiens individuels ?

Discuter les raisons de l’évènement et des motivations de l’escroquerie. S’agit-t-il d’un besoin de reconnaissance ou de pouvoir ? D’obtenir de l’argent pour soi ou pour autrui ? De vengeance ?

Admettre le rôle et la détermination des escrocs comme par exemple les influences jouées, l’art de la manipulation sans scrupule, le mensonge..

Faire prendre conscience aux victimes de quelle façon leur estime de soi a pu être touchée : faire la part des responsabilités entre le salarié, l’entreprise, l’escroc et toutes les parties prenantes possibles (fournisseur, client, ancien salarié, etc…).

Échanger sur les émotions ressenties et les comportements exprimés comme par exemple : la honte, la colère, la tristesse, l’apathie, la culpabilité, la peur, la vulnérabilité...

Faire saisir les fonctions possibles de ces émotions : expression physiologique, libération des affects, besoin de protection, communication avec autrui et ses proches, acceptation des souffrances, stratégies de survie et d’adaptation, processus de réparation…

Reconnaître, aider et accompagner les salarié(e)s victimes

Donner du sens à l’épreuve subie : échanger sur les moyens et les ressources pour transformer l’agression en expérience, en développement personnel. Accepter la souffrance et le temps nécessaire de réparation, oser parler ou porter plainte, accepter l’aide d’association de victimes ou proposer de partager son expérience et d’aider autrui… Identifier les améliorations possibles pour l’entreprise, l’organisation, et mieux se protéger à l’avenir, gagner sur le renforcement des valeurs de solidarité et d’entraide du collectif de travail…

Les managers aussi sont fragilisés et peuvent développer des sur-vigilances, du présentéisme, vouloir en faire plus qu’avant pour se dédouaner… Attention aux excès de culpabilité, la paranoïa, il peut être opportun de suivre et faire le point 6 mois à 1 an après…

Développer les moyens de communication et d'assistance dans l'entreprise

Le développement d'un management proche, attentif à ses collaborateurs, ouvert aux remarques, prêt à soutenir et aider en cas de difficultés, est nécessaire. Basé sur l'ouverture à l'erreur, l'entraide, ce management "confiance"peut permettre à chacun d'avoir le courage de se confier sur des sujets aussi délicats et douloureux que la manipulation ou le doute d'avoir été manipulé... Cependant plus on est placé haut dans la hiérarchie, plus c'est difficile de se confier ou de trouver du soutien...

En cas de doutes sur la récupération psychologique lié à un évènement traumatique, l'entreprise peut avoir recours à un accompagnement ponctuel ou en la mise en place d'une cellule d'écoute ou encore d'une permanence offrant des consultations souffrances au travail ou encore mettre en place un groupe de paroles. Il s'agit d'offrir un lieu d'échange confidentiel qui permet de confier un mal-être, ses souffrances au travail, d'avoir une assistance, une aide concrète et soutenante (permanence hebdomadaire, vacation).

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/08/27/01016-20140827ARTFIG00358-l-escroquerie-au-president-fait-des-ravages-en-entreprises.php

http://lentreprise.lexpress.fr/gestion-fiscalite/budget-financement/entreprise-alerte-sur-une-gigantesque-arnaque-aux-faux-virements_1558905.html

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